Le
Site de Béatrice et Gilles BATAILLE-WINTERHALTER
LE PRESBYTERE
D'OBERSAASHEIM
Le Curé François-Antoine Saurel
qui fut en charge de la Paroisse d'Obersaasheim entre 1744 et 1793,
nous a laissé une correspondance
importante que nous avons entrepris de dépouiller et de traduire. Ces
let-tres concernent essentiellement
l'église et le presbytère, mais nous renseignent avec précision sur
les usages,les modes de vie et les tracasseries
de l'époque.Nous avons relevé quelques anecdotes concernant la maisoncuriale, c'est à dire le presbytère.
Le document le plus ancien
est un devis, daté de 1747 et établissant les conditions de construction
de la " nouvelle maison curiale de Sassenheim ". Du temps de son prédécesseur,
le Curé Chabrun une mai-son curiale avait déjà été
construite, soit entre 1724 et 1744, en 1748, le bâtiment fut démoli
et l'entrepreneurchargé des travaux, "
le sieur Wegbecher ", promit que les
travaux seraient terminés pour " la
Saint -Michel de l'année 1748 ". En attendant le Curé prit pension dans la maison de Christian Weiss,
bourgeoiset maréchal-ferrand du lieu.
Ce logement ne convenait guère à notre ecclésiastique, ni cave, ni grenier
! oùmettrait-il son vin et ses
grains ? Lorsqu'il posa la question à Wegbecher, celui-ci lui conseilla
de mettre sonvin dans sa chambre et de
vendre ses grains, quitte à ce que le vin devienne aigre en été et que
la vente desgrains ne se révèle être une
mauvaise affaire .... Saurel décida de louer un grenier pour 2 livres
par moisqui s'ajoutaient au loyer
mensuel de 36 livres.
La Saint - Michel de l'année
1748 passa et le reste de l'année avec, que la maison n'était point
achevée et que les défauts de construction
s'accumulaient, outre les lenteurs dans les travaux. Les misères de
notre brave Curé ne s'arrêtèrent
pas là ! le 5 mai 1749, le sergent de ville Mathias Schmidt vint lui
signifier queson logeur, Christian Weiss,
tenait à récupérer son logement pour y loger sa famille qui s'agrandit,
sa fem-me arrivant à terme ... Saurel
somma à son tour le dénommé Wegbecher de lui trouver un autre logement,puisqu'il allait être expulsé
de celui-ci !
Et
puis, il y eut un problème de puits. Celui d'où il tirait l'eau était
à démolir et à remplacer à neuf, car l'ac-tuel
" ne méritoit le nom de puits
" et que " le peu
qu'on en tire est entièrement trouble et nullement potable ", ceci étant confirmé par les voisins chez qui il
est obligé de chercher de l'eau les trois quarts de l'année,
force est de constater l'absolue nécessité de creuser un nouveau puits
...
La
maison curiale fut terminée fin 1749 et son coût fut évalué à 10800
livres tournois, ce qui surpris les fi-nanciers
d'alors, à savoir le Haut-Chapitre de l'Evêché de Bâle et l'Abbaye de
Munster, sachant que le nou-veau
presbytère d'Andolsheim, au moins aussi grand n'a coûté que 7000 livres
tournois. L'Abbaye de Munsterrefusa
de payer ! Ce litige ne sera règlé qu'en 1753, lorsqu'enfin d'accord,
les deux parties s'accordèrent àévaluer
le bâtiment à 10000 livres tournois.
La
tempête financière calmée, ce fut au printemps 1756 que le presbytère
fit à nouveau parler de lui. Auxdires
du Curé, " un vent impétueux
" a fortement endommagé la toiture de la grange, de l'écurie
et du presby-tère,
" l'écurie nemacoit à ce
moment ruine complète et tremblait prête à tomber ... ". Il
est urgent de procé-der
à une remise en état des bâtiments et c'est ce que Saurel demanda aux
co-décimateurs qui financaient les
frais d'entretien de ces bâtiments. En avril, Saurel écrivit indigné
à ceux-ci ! en effet, en son absence, desexperts
sont passés pour constater les dégâts et aux dires des voisins, ils
ont minimisé les choses et l'ont faitpasser
pour quelqu'un qui souhaite réaliser un profit sur le dos des co-décimateurs.
Outré par cet état de cho-ses,
il chercha à rencontrer ses détracteurs mais fut débouté dans ses démarches
et fut obligé de subir ...
Le
20 mai 1761, à neuf heures du matin, un incendie se déclarat dans la
boulangerie ( le four à pain ) et lalavanderie,
tout près de la grange et des greniers pleins de paille. L'église sonna
le tocsin et les habitants de la
paroisse et des alentours virent éteindre l'incendie. " Grâce à l'Eternel ", ne furent détruits
que les sus-ditsbâtiments,
ainsi que l'écurie à porc et le poulailler.
Le
17 avril 1765, Saurel informe l'Evêché de ses actuels problèmes, soit
la remise en état de la toiture du presbytère
qui menace de s'effondrer et la nécessité de clore le terrain; il conviendrait
qu'il exécutât rapide-ment,
ses voisins le menaçant de poursuite judiciaires s'il ne fait pas diligence,
la maison risquant de s'affais-ser,
ce qui les inquiète. En outre le dimanche précédent, il reçut une visite,
douze carrosses, dont les convi-ves
étaient le procureur général, ses conseillers, le commandant du Fort-Mortier
de Neuf-Brisach entre autres.
Ils refusèrent de coucher dans la maison par crainte d'être écrasés
dans leur sommeil. L'ingénieur enchef
également présent constata l'entier délabrement ...
Le
8 mai 1766, les travaux du presbytère nécessitent des clayons pour la
clôture et Saurel eut toutes les pei-nes
à trouver six hommes pour aller les couper dans les " isles du Rhin ". En effet, la construction du Fort-Mortier
ordonnée par le Roi, fit que ceux-ci se faisaient rares et les seuls
endroits où l'on put encore en trou-ver
étaient guère accessibles " on
s'y déchirait les vêtements
et les corps " et étaient " dans
des buissonsépais, repaires des loups et des sangliers
".Seuls les courageux
y allèrent " à force de prières
et de pro-messes de pièces ".
Le
3 septembre 1766, Saurel reçoit la visite d'un garçon ouvrier envoyé
par l'architecte de Colmar. Les tra-vaux
sont arrêtés et ce dernier est malade, le Curé a déjà " sorti de sa poche 61 livres argent pour des
travaux non faits ", ses réserves s'amenuisent alors que " les champs et les grains ont souffert des pluieset des débordements du Rhin et le mildiou
a beaucoup nuit au froment qui est véritablement comme ducumin ".
Le
18 juin 1767, " le petit
poële chauffe de trop et tombe en ruine, et une alarme incendie s'est
déclarée ".Le
fauteuil accolé au poële a commencé à brûler et la tapisserie aussi.
Il fallut rapidement en commander unneuf
au potier de Colmar " afin
de prévenir plus grand accident ".
Les
2 février et 26 avril 1780, deux terribles " ouragans " ont causé d'importants dégâts à la toiture du pres-bytère,
mais aussi de l'église. " Un
ouragan si violent qu'il fit voler les tuiles du presbytère et de la
sach-ristie ". En outre, " l'écurie à vaches menace sérieusement de s'effondrer ". Le Curé
Saurel réclame le rem-boursement
des frais à Monsieur Türck, secrétaire du Haut-Chapitre de Bâle et au
bas de la lettre lui laisse un post-scriptum
: " Je rend hommage à Madame
Türck, serez vous donc toujours jaloux de la savoir une foisdans mon presbytère ... " ( Madame Türck avait coutume de se déplacer pour
remercier ceux qui lui offraientdes
petits présents comme par exemple Saurel,
des truffes ).
Le
25 septembre 1780, Saurel se plaint du fait que ses greniers ne suffisent
plus à stocker les grains destinés au
Haut-Chapitre. " Ceux-ci
ne peuvent plus être réparés et les rats et les souris causent la perte
d'un tiers des grains. Malgré l'intervention des
Juifs soit disant destructeurs des rats et des souris, le grenier resteinfesté par leur vilainie, sans compter l'horrible puanteur qui rend les
appartements du presbytère invi-vables . "
Le
27 septembre 1785, notre brave Curé rappelle à Monsieur Türck les problèmes
existants au presbytère et dans
ses dépendances : " faire
cinq portes aux écuries et une au jardin qui donne sur la campagne d'oùles voleurs sont le plus à craindre, en
outre réparer les fenêtres qui sont dépourvues de mastrick et lais-sent passer vents et pluyes et les volets
de gonds où les pieres auxquelles ils sont accrochés ne sont quedes pierres de sable avec une épingle à
percer comme l'on veut ...".
Le
24 janvier 1788, entre sept et huit heures, " un ouragan a fait dégât à la maison presbytérale de Sassenle Haut ". Depuis sept ans déjà le Curé Saurel réclame des
réparations qui ne sont pas faites à cause de l'Ab-baye
de Munster qui refuse la prise en charge des réparations, arguant du
fait " que ce presbytère
est tout neuf et continuellement sujet à des réparations,
ce qui ne peut être que de la négligence du doyen Saurel et de défaut d'entretien ...". Bien entendu, Saurel ne se laissa pas malmener
de la sorte et répliqua " qu'il
faisait fi de la méfiance et de la chicane
de ce religieux " et ressortant
un vieux proverbe, conclut en disant : " il
n'y a rien au monde de pire qu'une méchante femme ... ouy... mais pour
lors il n'y avait encore pointde moine ..." .
Ce
presbytère a été une des oeuvres de sa vie pastorale, avec bien sûr
la nouvelle église qui sera parachevé en
1772 et pour laquelle il donna également toute l'énergie qu'il lui été
possible de donner, afin d'en obtenir outre
la construction, mais aussi l'entretien, qui nécessita des luttes continuelles
pour trouver l'argent qu'il luifallait
pour y parvenir. Le Curé Saurel est et reste un modèle du genre. Grâce
à sa force de caractère, à sontempérament
robuste, à sa pugnacité et à son ardeur à vouloir toujours ce qu'il
y a de mieux pour la commu-nauté
villageoise de Sassen le Haut, il contribuera largement à asseoir la
réputation du village et de ses habi-tants,
comme étants des gens volontaires et solidaires.
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